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-       Are you ready to ROCK ???

-       Oui toujours ! Mais pourquoi ?

-       Vous n'avez pas pris vos places pour les Eagles of the Death Metal ???

Eh non on avait oublié…Se dire, avec du recul, que nous avons été sauvé(e)s (ferions-nous parti des victimes ?)  par un « yeah ! » qui a porté à confusion...

Ce vendredi 13 Novembre je ferme l'atelier situé boulevard Richard Lenoir – ce boulevard et ces quelques mètres nous séparant d'une scène de crimes ignobles auxquels on pense depuis 8 mois, se raccrochant à l'idée que nous sommes protégés par les militaires en faction.  J'avais eu quelques minutes auparavant mon amie au téléphone à qui j'avais proposé de boire un verre avant le concert, culpabilisant pour ce rendez-vous manqué mais rassurée qu'elle ne serait pas seule – son mari l'accompagnait.

Comme tous les soirs je remonte le canal Saint-Martin, pour rentrer chez moi, en observant les terrasses plus fréquentées que d’habitude à cette période de l’année, et oui, il fait doux l'été Indien n'a pas dit son dernier mot ! 

Sereine et heureuse car le lendemain -enfin ! -je ne travaillerai pas et je pourrai profiter de ma journée certainement à vaquer à des occupations futiles. C'est chouette la futilité ! surtout pour une personne angoissée comme moi, qui se pose des milliards de questions sur sa vie et qui espère en profiter – mouais je n’en profite pas suffisamment la preuve je ne suis pas à ce concert ce soir...d'ailleurs je rentre chez moi un vendredi soir …

J'appelle l’homme  - il est toujours à l'agence pour finir un boulot – « tu es le bienvenu à la maison ce soir ! » Et s’il passe il passera par la rue de Charonne et le boulevard Voltaire- peut-être ira t'il boire une bière juste avant à la belle équipe...

J'appelle ma cousine – messagerie – peut-être qu'elle dîne avec son mari au petit Cambodge, si elle est à côté de la maison j'irai leur faire un coucou.

J'allume la télévision et tombe sur un match de foot sur TF1 – on reçoit au stade de France, ça doit être le bordel aux portes de Paris (remarque cynique de la Parisienne).

Tiens étrange ! j'entends depuis plus de 5 minutes des sirènes passées en bas de chez moi – mais bon à la fois j'ai l'habitude, le commissariat et l’hôpital Saint-Louis sont juste à côté...

Mon téléphone sonne, j'ai reçu un sms et puis le choc :

-       Il y a des fusillades partout dans Paris et une près de notre atelier !

-       Quoi ? Encore ?

-       Regarde les infos !

La folie est devant mes yeux, on annonce une série de 6-7 attentats dans ma ville et une majorité dans mon quartier (ce qui explique les sirènes connasse – je m'insulte et pourtant en Janvier c'était la même symphonie incessante j'aurais dû m'en souvenir). Puis mon cœur s'arrête – je pense à ces quelques mots : Are you ready to ROCK ???  Je pousse un cri d'effroi- oh mon Dieu !

Et puis tu relis ces quelques mots FUSILLADE AU BATACLAN comme pour les ancrer dans la réalité et réflexe primaire 2.0 tu l'appelles – en toute franchise allait-elle répondu ? – tu lui envoies des SMS qui, tu l'apprendras deux jours après par ton amie, ont été lus par un monstre bête comme ses pieds qui avec son pote se sont amusés - oui oui amusés - ça les faisait marrer de tuer des êtres qui ce soir -là cherchaient un peu de futilité, quelques minutes de joie ou, pour certains, à oublier un quotidien morose...

Et j'ai prié – je ne le fais jamais mais j'ai prié – j'ai même demandé à ma sœur de protéger ma sœur de cœur et son mari. Allez c'est lâché ! Je ne pensais jamais le dire ici car je ne supporte pas de partager mon histoire en sachant que des personnes pourraient penser que je souhaite attirer la pitié - détrompez-vous je déteste ça. Je suis mal à l’aise lorsque je lis tout un post sur la mort d’une grand-mère ou sur un animal de compagnie – accusez-moi d’intolérance, c’est sans doute le cas. Je resterai factuelle j’ai perdu une sœur c’est comme ça, ça fait parti de mon histoire. Une chose est sûre, quand la mort frappe chez vous de façon brutale et vous prend un être que vous aimez – la douleur est bien plus violente que vous ne le croyez – on ne s'en remet pas - une partie de soi (l’insouciance ?) disparaît ? Et la trouille de mourir, d'apprendre la mort d'un de vos proches est QUOTIDIENNE – je vis avec elle depuis l’âge de 11 ans et ce soir- là sa présence m'a saisi – mon corps s’est tétanisé…

Doit-on parler également des nombreuses heures à attendre que le couperet ne tombe, à soutirer des informations à droite et à gauche, à s'appeler entre proches pour se rassurer comme l'on peut ? On forme une chaîne pour savoir si tout le monde est chez soi sain et sauf...

Puis un coup de fil de sa soeur, c'est bon, nos amis sont sortis vivants...

Je n'ai pas dormi de la nuit – mon quartier était jonché de corps meurtris ou sans vie merde...comment peut-on dormir ? le lendemain j'ai pleuré toute la matinée – 129 personnes mortes, 350 blessés, 80 en état grave et toutes ces familles qui avaient perdu un de leur proche et cette douleur singulière qui allait les violer - peut-être pas aujourd'hui, car sous le choc ton cerveau est clément il t'envoie une bonne charge d'endorphines, c'est agréable les endorphines, ça fait planer, tu te dédoubles, tu oublies le temps… mais quand il estime que tu es apte à te réveiller le vide, palpable, te fait comprendre que face à la faucheuse : tu es seul(e).

Nous sommes à J+7 des événements, je pense constamment à mes amis – les otages miraculés – je repasse plusieurs fois par jour une vidéo où on les voit sortir vivants du Bataclan les yeux hagards – j’exorcise de cette étrange façon car j'ai encore du mal à y croire...

Je tremble à l'idée de sortir, de prendre le métro, de me rendre à mon atelier – 2 attentats à 8 mois d'intervalle ça marque. J’ai la nausée à chaque fois que je passe devant l’amoncellement de fleurs et de bougies – en regardant la salle de concerts qui se transforme de jour en jour en maison hantée… mais bon… apparemment il faut faire la fête, aller boire des coups en terrasse et poster une photo de soi avec un #jesuisenterrasseapaspeuroupresque car le #prayforparis est déjà so 17 Novembre…si mon quartier semble avoir fait une pause dans le temps ma ville, mon pays et ses habitants vont trop vite…

Je sors un peu, vois des amis, on se prend dans nos bras, je pense qu'inconsciemment on est heureux de nous revoir mais mon cœur n’y est pas encore…Il est toujours auprès de mes courageux héros qui se répétaient, malgré sans doute le bruit assourdissant des tirs de Kalachnikov, qu’ils s’aimaient – j’admire leur sang-froid face au cauchemar qu’ils ont dû vivre.

J’ai d’ailleurs hâte que tu me redemandes « Are you ready to ROCK ??? » et de te répondre cette fois-ci « Mais oui bordel – à quelle heure on se rejoint ? » même pour un concert de Benjamin Biolay chantant du Trenet… tu sais que ce n’est pas ma came hein ?

Et puis, pour l’instant, je m’accroche à l’idée que, peut-être, ce soir-là mon ange t’a protégé …ça me soulage…

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